André Cornellier : Approcher les lucioles et la lumière lunaire

André Cornellier et Michael Flomen partagent une vision commune de l'art, de la vie, de la nature et de ses énergies. Le réalisateur, lui-même photographe, nous parle de leur rencontre et de ce projet de film pour lequel il a suivi Michael Flomen dans ses balades nocturnes, à la recherche des éléments naturels qu'il coucherait sur son papier. 

 

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Zoé Isle de Beauchaine : André Cornellier, vous êtes photographe ?

André Cornellier : Peut-être. 
J’ai débuté à 18 ans par le film. Je me suis tourné vers la photo ensuite pour apprendre l’image, la composition avec un appareil 35mm dont mon cousin désirait se défaire. Puis, le moyen format, ensuite la chambre grand format qui est devenue mon pinceau préféré. La couleur m’a appris à adorer le noir et blanc. J’ai découvert que l’on n'a jamais fini d’apprendre. Que je suis, en fait, un chercheur, un curieux qui pose tout le temps trop de questions.

 

ZB : Comment avez-vous découvert l’œuvre de Michael ?

AC : J’ai rencontré Michael dans la vingtaine par des amis communs. Il se promenait avec sa petite caméra dans les rues et cherchait l’angle inédit, des cadrages semi abstraits. Il a toujours cherché ailleurs, et plus tard, il a transformé sa vision vers “l’esprit” des forces naturelles. Je crois qu’il se pose la question de Gauguin “D’ou venons-nous , que somme-nous, où allons-nous?”.
Quand Michael a commencé à faire du sténopé (sans caméra, ni veille boîte de chaussure, sans petit trou), ces images m’ont fasciné. Leurs factures, leurs textures, leurs formats et leurs incroyables sujets. A cette époque, mes démarches m’avaient amenées vers la cosmologie, les forces quantiques. Ces réflexions m’ont permis de produire une oeuvre représentant la transformation et le mouvement d’une ville flottant dans l’univers. Cela avait un lien avec les énergies que Michael utilise. Les créations de Michael sont produites par les énergies cosmiques et celles de la nature. Il est celui qui reconnait ces énergies. Celui qui les canalise. Celui qui les aide à se rassembler, à prendre forme, pour nous les rendre visibles.

 

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ZB : Racontez-nous la genèse de ce projet de documentaire, qui a posé quelques questions logistiques, notamment sur le choix de la caméra ?

AC : Probablement, après quelques verres de vin, l’idée de montrer - au public - son travail à pris forme. Dans les champs, autour de sa maison, la nuit est spécialement animée. La vie est partout, les sons, les mouvements de l’air, les odeurs et la lumière nocturne changent constamment. Évidemment travailler en suivant ce chasseur, sans utiliser aucune lumière artificielle pour ne pas intervenir avec les sources naturelles, a posé des difficultés techniques. La solution est apparue en visionnant des films nocturnes de l’armée. Puis, une discussion avec un réalisateur de film animalier a confirmé cette voie. Enfin, Michael m’a appris à approcher les lucioles et la lumière lunaire et j’ai découvert comment ces énergies sont autour de nous et en nous.
 

ZB : La caméra infrarouge avec son rendu de couleur verte rajoute finalement une couche supplémentaire de poésie à l’œuvre de Michael Flomen ?

AC : Pas d’équipement lourd, de production complexe, beaucoup de latitude et de liberté pour capter l’intangible qui se présente de façon impromptue. Le côté sobre avec peu de couleur met l’accent sur le sujet: Michael, les lucioles, l’eau, la neige, et la nuit sont révélés par le mystère, mettant en valeur la beauté des créations insolites de Flomen.

 

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Entrevue réalisée en décembre 2024
Les photos sont tirées du film La nuit est ma chambre noire
réalisé en 2008 par André Cornellier

Le film lié à cet article

la-nuit-est-ma-chambre-noire-un-film-documentaire-de-andre-cornellier-sur-les-photogrammes-de-michael-flomen
27’
La nuit est ma chambre noire | Michael Flomen

L’artiste  Michael Flomen travaille avec une chambre noire bien particulière : la nature et la nuit.