Nicolas Raynaud : Le cadrage, une vraie source de plaisir
Le réalisateur Nicolas Raynaud revient pour nous sur le film qu’il a réalisé sur Christian Février, grand photographe nautique français.
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Zoé Isle de Beauchaine : Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre travail de réalisateur ?
Nicolas Raynaud : Je suis devenu réalisateur par le plus grand des hasards ! J’étais correspondant sur une épreuve (Le Tour de France à la Voile 1993) pour le journal l’Equipe quand la production vidéo de la course m’a proposé de réaliser un 26’ qui serait diffusé par Eurosport. Une première, - le montage était encore en « cut ». Après je n’ai plus arrêté.
ZB : Votre travail semble plutôt s’orienter autour de l’histoire nautique. Qu’est-ce qui vous a donné envie de réaliser un documentaire sur l’un de ses grands chroniqueurs ?
NR : Je connais Christian Février depuis le milieu des années 80. Grâce aux chaines régionales TV Rennes, Tébéo et Tébésud, j’ai eu pendant 10 ans une totale liberté pour réaliser des 52’ avec les sujets de mon choix. Mettre en valeur le travail de Christian a sonné comme une évidence. J’aurai d’ailleurs voulu faire une série de tous nos grands photographes de mer : Gilles Martin-Raget, Thierry Martinez, Jacques Vapillon, Carlo Borlenghi et bien d’autres encore. Cela n’a malheureusement pas pu se faire pour de simples raisons budgétaires…
ZB : Comment décririez-vous votre sensibilité à la photographie de manière générale ? Est-ce qu’elle vous influence dans votre manière de filmer ?
NR : Si je suis devenu réalisateur par hasard, grâce à ma connaissance du milieu de la course au large en tant qu’équipier ou ce que l’on appelle aujourd’hui « mediaman, j'étais un vrai « cinéphile » depuis mon adolescence et je developpais mes noirs et blancs dans la cave familial. Alors le cadrage est une vraie source de plaisir. Puis j’ai toujours beaucoup lu et comme j’ai commencé par la presse écrite, raconter une histoire filmée est devenue une évidence.
ZB : Quelles découvertes avez-vous faites parmi les images de Christian Février ?
NR : Pas de découvertes particulières, mais sélectionner les images (je ne sais plus combien) parmi des centaines proposées par Christian n’a pas été toujours simple. C’est là où l’on se rend compte de la richesse de sa carrière et de son exigence professionnelle.
ZB : Qu’est-ce qui fait de lui un « bon » photographe nautique ?
NR : En mer, rien n’est simple! Ça bouge, les embruns… j’en passe et des meilleurs. Alors savoir placer son bateau à moteur ou l’hélicoptère au bon endroit (en lien donc étroit avec ceux qui dirigent la machine), pour être pile poil au bon endroit pour le cliché que l’on désire, demande un sacré savoir faire et beaucoup de patience.
ZB : C’est un genre bien méconnu et peu mis en avant, que ce soit du côté de l’histoire de la photographie ou du côté de l’histoire nautique… un métier de l’ombre finalement, est-ce que vous le percevez ainsi ?
NR : Je trouve que tous les grands photographes méritent d’être publiés dans des beaux livres mais également à travers des documentaires. Avec la 4K aujourd’hui, on ne trahit plus la qualité des photos prises, on peut « jouer » avec respect. C’est un vrai plaisir que de voir une suite de photos mises en scène qui racontent ainsi un moment de vie. La preuve, s’il en est avec le merveilleux film de Win Wenders, Le Sel de la Terre, sur Sebastiao Salgado récement disparu.
Entrevue réalisée en août 2025
Les photos sont tirées du film Christian Février, L'œil marin
réalisé en 2014 par Nicolas Raynaud