Henri Herré : filmer des rencontres pour atteindre le "je ne sais quoi" d'une photographie
Dans ce bel entretien, Henri Herré nous confie comment sa série Vif argentique autour du travail de tireur de Guillaume Geneste avec ses photographes a vu le jour. Une danse au présent des images.
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Zoé Isle de Beauchaine : Comment est née cette idée de série documentaires dans la chambre noire ?
Henri Herré : Un beau jour, la photographe Annabelle d'Huart m'invite à assister au tirage de ses photos par Guillaume Geneste. Dans la chambre noire, je découvre deux gestes tout à fait fascinants pour un réalisateur : la danse des mains dans le faisceau de l'agrandisseur pour réinterpréter la lumière de la prise de vue, et la montée de l'image dans le bain du révélateur. A chaque nouvelle fois, la magie opère, intacte.
ZB : Qui a choisi les photographes pour chacun des épisodes ?
HH : Ce sont des documentaires en immersion. Après quelques jours d'observation, j'apporte la caméra quand je sais où me placer sans perturber la réalité. Et je reste plus d'un mois à cueillir ce qui se passe. Au bout de quelques semaines, les rushes atteignent une "masse critique", c'est à dire que la logique du film émerge depuis l'intérieur. M'étant aperçu que le tirage changeait fondamentalement selon le photographe, s'est imposée la forme de cette série qui suit la collaboration de Guillaume avec 5 photographes : Sabine Weiss, Bernard Plossu, Alexandre de Mortemart, Annabelle d'Huart, Anne-Lise Broyer.
ZB : Y a-t-il une volonté de travail de mémoire en réalisant ces films ?
HH : Volonté, non, je suis absorbé par un présent qui me passionne. Peu importe que le tirage argentique soit un procédé historique, une "niche", ce qui me passionne est de filmer des rencontres, ici entre un artisan et des artistes qui se lient intimement pour atteindre le "je ne sais quoi" d'une photographie. C'est à vous de voir si c'est digne de mémoire...
Entrevue réalisée en juin 2025
Les photos sont tirées des films issus de la série Vif argentique
réalisée entre 2022 et 2024 par Henri Herré