Guillaume Geneste : La chambre noire, un lieu intime pour trouver le beau en dialogue avec le photographe

Dans ce bel entretien, Guillaume Geneste revient sur sa formation, les rencontres qui ont été déterminantes dans son apprentissage, puis il nous livre quelques clefs pour comprendre sa manière de travailler en laboratoire en étroit dialogue avec les photographes.


 

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Zoé Isle de Beauchaine : Comment êtes-vous devenu tireur ?

Guillaume Geneste : J’ai toujours souhaité devenir tireur, je ne désirais pas être photographe et j’ai très tôt fait des rencontres qui ont été déterminantes. Au tout début dans la Maison des Jeunes et de la Culture d’Asnières avec M. Johnson et plus tard avec Marc Bruhat qui m’a formé au tirage noir et blanc et avec qui j’ai travaillé pendant 4 ans. Nous sommes au début des années 80.



ZB : Quels types de tirages réalisez-vous ?

GG : À La Chambre Noire, laboratoire que j’ai créé il y aura 30 ans bientôt, nous pratiquons le tirage argentique noir et blanc, le tirage couleur jet d’encre et le tirage noir et blanc jet d’encre en piezographie. Nous avons aussi un service de photogravure important. Nous sommes trois personnes à La Chambre Noire : Guillaume Fleureau avec qui je travaille depuis 25 ans, qui exerce en numérique ; Chloé Geneste ma fille qui nous a rejoint il y a trois ans, que je forme en numérique et en argentique ; et de mon côté je pratique l’argentique comme le numérique avec bonheur.
 

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ZB : Comment savez-vous quand vous arrêter lors du travail du tirage ?

GG : C’est très simple, quand je sais que le tirage va à la fois plaire au photographe et me plaire. Je ne me limite jamais en nombre de feuilles de papier ni même en temps. Pour vous donner une idée je peux réaliser une dizaine de tirages 30 x 40 en une journée.



ZB : Choisissez-vous les photographes avec qui vous travaillez ?

GG : Les choses ne se passent pas ainsi, par contre j’ai très tôt choisi la clientèle pour qui je souhaitais tirer les images. Une clientèle de photographies d’auteurs, d’artistes, de personnes qui ont des choses à raconter, qu’ils soient amateurs ou professionnels. Ma porte est ouverte à toute personne qui souhaite faire réaliser un beau tirage.
 

ZB : Une relation intéressante se crée avec le photographe. Au-delà du travail matériel du tirage, il y a une compréhension du photographe, de sa pratique et de son approche du médium ainsi que l’histoire derrière l’image et la série. Créez vous ce rapport avec tous les photographes avec qui vous travaillez ?

GG : Vous savez les tireurs ont une très grande chance, celle de pouvoir poser toutes les questions qu’ils souhaitent aux photographes avec qui ils vont travailler. La chambre noire est un lieu intime et le tireur a besoin que le photographe s’exprime s’il veut repartir du laboratoire avec de bons tirages.

 

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ZB : Vous êtes un peu le gardien des secrets des photographes… 

GG : S’il y a secret, ce sont des secrets de fabrications, comment les images adviennent. Dans ce sens oui, ce sont des secrets qui sont rarement partagés avec les historiens. Ce serait intéressant parfois de le savoir car ce ne sont pas uniquement des secrets qui relèvent de la technique.


ZB : Votre métier est-il en voie de disparition ou voyez-vous au contraire un regain d’intérêt chez les jeunes générations ? 

GG : Non, mon métier n’est pas en voie de disparition car je suis tout autant tireur devant mon agrandisseur que devant mon ordinateur. Par contre si vous me demandez si le procédé argentique comme je le pratique à l’agrandisseur va perdurer je vous réponds qu’il dépend désormais des rares fabricants de papier qui le fabriquent et eux vous répondront que ça dépend de la demande... Mais aujourd’hui le retour à l’argentique est plus tourné vers les procédés plus anciens. J’ai appris dernièrement que la marque allemande Kienzle fabriquait des agrandisseurs et des pièces pour les agrandisseurs professionnels que nous utilisons. Les photographes pour qui je travaille en argentique ne sont plus tout jeune et le plus possible nous tirons dans le procédé que le photographe utilisait. J’ai vraiment beaucoup de travail en argentique mais je ne lis malheureusement pas dans une boule de cristal. Les jeunes, toutes générations confondues aiment bien savoir comment réaliser un tirage mais de là à devenir tireur et en faire son métier, c’est une autre histoire.

 

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Entrevue réalisée en juin 2025
Les photos sont tirées des films issus de la série Vif argentique
réalisée entre 2022 et 2024 par Henri Herré

Le film lié à cet article

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23’
Guillaume Geneste & Bernard Plossu|Vif argentique 2

La magie du tirage • Les gestes chamaniques du maquillage.